Première régate

Publié le par Vito

Il y aura bientôt quatre décennies que j'ai débuté la pratique de la voile en croisière, et jamais encore je n'ai participé à une vraie régate. C'est donc avec une curiosité mêlée d'excitation qu'après avoir participé au convoyage de Doudou, je pose mon sac à bord de son sister-ship Gaby.

Ce Dufour là a été convoyé jusqu'au Lavandou par les gens de Thalassa Cup, qui l'ont amarré là et sont repartis. Ce que ça change ? Eh bien, l'inventaire n'a pas été fait, pardi... En route donc pour un deuxième examen à la loupe du 375 Grand Large.

Il se termine à la nuit, au moment où, à bord des quatorze bateaux, l'ambiance est très veillée d'armes : pastis par-ci, rhum arrangé par-là. Chez nous, c'est mojito, amoureusement concocté par Pascal...

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Première étape

Parcours de la première étape

Parcours de la première étape

 Samedi matin. Skippers au briefing. A leur retour, appareillage. Organisation sur Gaby : Jean-Marc est le skipper, Eric le barreur. Ce sont les seuls vrais régatiers de notre équipage. Pascal et Véro sont à l'embraquage et au réglage des voiles, Florence annonce en permanence la vitesse sur l'eau (et la profondeur lorsque l'on frôle la côte), je suis au piano (batterie de bloqueurs sur le rouf) et le logiciel iNavx (sur l'iPad) est à la navigation.

Aux alentours de la ligne de départ, nous échafaudons notre stratégie. La radio VHF parle de cette ligne, nous n'y prêtons pas attention. A tort.

En fait, la ligne de départ a changé de place.

Le temps de nous en rendre compte et de rallier la nouvelle ligne, c'est un départ à l'arrache, et le choix d'un bord sud, qui se révélera être la mauvaise option, même si choisie devant nous par l'Amiral (Bernard, président de Voile Auvergne et vainqueur de l'édition 2015).

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Nous ne sommes que deux dans le sillage de Flanker, le Dufour présidentiel

Nous ne sommes que deux dans le sillage de Flanker, le Dufour présidentiel

Tous les autres ont choisi le bord vers l'est

Tous les autres ont choisi le bord vers l'est

A la Fourmigue, première marque du parcours, nous sommes dix ou douzièmes...

Pour le bord sud-ouest vers Bagaud, les spis fleurissent. Nous retardons un peu le moment d'envoyer le nôtre. Pas mieux. On l'envoie finalement.

Passage de la Fourmigue, les premiers se sont enfuis

Passage de la Fourmigue, les premiers se sont enfuis

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Descente vers Bagaud sous spi
Descente vers Bagaud sous spi

Descente vers Bagaud sous spi

Tous ces spis sont devant. Démoralisant ! (photo Véro L.)

Tous ces spis sont devant. Démoralisant ! (photo Véro L.)

Approche sur Bagaud. Descendre la chaussette de spi, l'affaler. Etablir le foc, aller chercher la marque jaune finale, à laisser à bâbord. Remontée vers la ligne. Terminé. Neuvièmes. Déçus.

Etape en rade de Port-Cros, sous le fort du Moulin.
Etape en rade de Port-Cros, sous le fort du Moulin.

Etape en rade de Port-Cros, sous le fort du Moulin.

Debrief mojito, qui dilue la déception. D'abord, en vitesse pure, nous avons rivalisé. Et puis restent deux étapes, et comme on dit dans le Cantal natal de notre skipper : « C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses. »

Une copieuse paella plus loin (la spécialité de Jean-Marc), on craint degun, et on le fait savoir haut et (très) fort en chansons...

Deuxième étape

Parcours de la deuxième étape

Parcours de la deuxième étape

 On tente un truc : le départ sous spi. Pas vraiment une réussite. Nous voilà avant-derniers. On se refait une belle santé dans la remontée au louvoyage vers la passe des Grottes, entre Port-Cros et le Levant. Youpi.

Mais une annonce radio casse l'ambiance. Nous avons omis de contourner une bouée jaune. Il nous faut redescendre la chercher. Sur zone, on constate que ladite marque est en fait un assemblage de deux cônes en planches, reliés par un bout. Pas une bouée, pas jaune non plus, et en tout cas absente sur la carto. Bref, on roumègue, mais on laisse ce truc sur bâbord, comme prescrit, et on repart à l'assaut.

Le départ sous spi n'était pas la bonne option

Le départ sous spi n'était pas la bonne option

On frôle la pointe de Port Man, et au cours du bord nord, on dépasse deux concurrents. Mais au moment où le leader vire la Fourmigue, nous en sommes encore à plus d'un mille. Pas glop.

Le bord de 12 milles vers le Grand Ribaud va s'effectuer sous spi. Après un bref corps à corps avec Flanker, le Dufour présidentiel, nous choisissons de rester rigoureusement sur la route directe (merci iNavx), tandis que les bulles orange des spis devant nous glissent sur bâbord vers le cap des Mèdes.

Nous revenons sur Flanker

Nous revenons sur Flanker

Avant de le dépasser

Avant de le dépasser

Vitesse sans doute un poil supérieure pour eux, distance un peu moindre pour nous. Faites vos jeux.

Eric, concentré à donf', ne s'accorde pas un instant de répit à la barre. Pascal travaille sans arrêt le spi. Et Florence annonce inlassablement la moindre variation de vitesse. On est tous à bloc dans le truc...

Tous ces spis sont derrière. Encourageant ! (photo Véro L.)

Tous ces spis sont derrière. Encourageant ! (photo Véro L.)

Fred, sur Panarea, a suivi comme nous la route directe (photo Véro L.)

Fred, sur Panarea, a suivi comme nous la route directe (photo Véro L.)

A l'entrée du goulet entre Petit et Grand Ribaud, ce n'est pas encore la fin de la foire, mais on commence à compter. Nous voilà troisièmes, et sous nos yeux, le deuxième s'élimine de fait en coupant dans les bouées jaunes de la zone des 300 mètres.

L'île du Grand Ribaud laissée sur bâbord, cap sur Porquerolles. Nous déposons littéralement le deuxième, mais pour ce qui est de rejoindre Skippy, mené par Pascal, le régatier number ouane de Voile Auvergne, cela semble compromis.

Devant le Grand Ribaud, nous sommes troisièmes (photo Véro L.)

Devant le Grand Ribaud, nous sommes troisièmes (photo Véro L.)

Néanmoins, nous sommes plus rapides, nous revenons peu à peu. L'arrivée est tracée entre les bouées latérales rouge et verte du chenal. Dans les derniers souffles de vent, il va falloir louvoyer pour la franchir. Notre premier virement semble nous condamner. Mais tout ne va pas pour le mieux chez le leader, et nous voilà bord à bord, jusqu'à un bref contact, dans un concert de protestations virulentes et réciproques.

Dernier coup de rein, nous franchissons la ligne en vainqueurs, tandis que Skippy, bout au vent, se fait surprendre pour la deuxième place...

Pas de mojito ce soir, la fiesta officielle de la Ligue carbure au punch. Démarrée sur la jetée, elle va se poursuivre sur les bateaux, puis sur le ponton, transformé en dancefloor.

Etape à Porquerolles, sous le fort Ste Agathe (photo Véro L.)

Etape à Porquerolles, sous le fort Ste Agathe (photo Véro L.)

Troisième étape.

Le parcours de la troisième étape

Le parcours de la troisième étape

 La Fourmigue est retirée du menu. Direct Porquerolles-Le Lavandou en parant le cap Bénat. Quand je dis direct, ce ne sera pas tout à fait le cas. Le vent est-nord-est va nous imposer du louvoyage, en alternant les bords nord et est.

Cette fois-ci, nous avons bien préparé notre coup. Lancés pleine balle depuis la jetée, nous franchissons la ligne au top départ, à pleine vitesse. Eric, dont la voix ferait passer Stentor pour un mec aphone, prévient nos adversaires « De l'eau, de l'eau ! » En régate, il paraît que c'est ainsi que l'on demande le passage lorsqu'on est dans son bon droit, pour ne pas dire prioritaire.

Nous voilà dans la position du petit cheval de Brassens. Tous derrière et nous devant. Ça nous met la pression : faut fignoler la stratégie.

Tous derrière et nous devant (photo Véro L.)

Tous derrière et nous devant (photo Véro L.)

Skippy et Pascal, revanchards, sont à nos trousses. On se croise à angle droit une première fois, eux sur le bord est, nous sur un bord nord. On est encore un peu devant.

Au deuxième croisement, c'est très, très chaud. Deux fois huit tonnes lancées à sept nœuds qui se frôlent, c'est pour moi l'image du week-end, et je me maudis de ne pas avoir pensé à l'immortaliser.

Le croisement suivant, sous le cap Bénat, nous montrera qu'ils ont été meilleurs, de six ou sept longueurs. Nous franchissons donc l'arrivée dans le sillage de Skippy, pour un doublé de Voile Auvergne sur cette étape.

Au final, Pascal et son équipage sont champions d'Auvergne, le titre reste dans le camp de Voile Auvergne.

En dépit de notre première manche loupée, nous terminons sur la deuxième marche du podium, ex-æquo avec Belopus, du club de St Germain-des-Fossés Voile et Découverte.

Alors, elle est pas belle, ma vie de néo-régatier ?

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